En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. Pour en savoir plus et paramétrer les cookies.

La classe inversée

Lorsque des cours magistraux sont enregistrés en vidéo pour être visionnés à la maison et que les devoirs sont faits à l’école, on peut avoir quelques doutes sur cette approche pédagogique. Voici quelques arguments en faveur de la classe inversée et des pistes pour se lancer.

Par Elisabeth Engum

Ceci est un article abrégé, publié initialement dans le magazine norvégien Bedre skole.

Elisabeth Engum
faisait partie des trois gagnants dans la catégorie Utilisation créative d’une plateforme d’apprentissage en 2011 à la Conférence Partage et Utilisation à Sandvika, Norvège. Elle a été nominée grâce à son travail sur la classe à l’envers et itslearning. Vous pouvez trouver Elisabeth sous le pseudo @PGelisa sur Twitter – et voir ses vidéos sur sa chaine YouTube.
« Lorsque vous expliquez les choses au tableau, je comprends tout. Mais, dès que je dois faire les devoirs à la maison, je ne comprends plus ce qu’il faut faire ! » Ceci n’est pas un cas isolé, c'est même une situation fréquente rencontrée par mes étudiants en mathématiques depuis des années. En tant qu’enseignants, nous lançons le processus d’apprentissage en classe, mais nous ne sommes pas présent lorsque les étudiants travaillent sur des devoirs plus difficiles à la maison.

Il y a eu beaucoup de débats autour de la classe inversée ces deux dernières années. Et, comme toutes les méthodes nouvelles, la classe inversée a été exposée à des mythes, des malentendus et au scepticisme. Dans cet article, je vais tenter de faire la lumière sur ce qu’est la classe inversée, ce qu’elle n’est pas et expliquer pourquoi cela peut être une solution utile.

Qu’est-ce que la classe inversée ?

En bref, l’enseignement, qui avait lieu traditionnellement devant un tableau dans une salle de classe, s’effectue désormais au domicile des étudiants, tandis que les devoirs sont réalisés à l’école. Dans la pratique, cela signifie que, je filme des leçons théoriques – que les étudiants doivent regarder à titre de devoirs à la maison – alors qu’à l’école, nous avons plus de temps pour travailler sur des exercices, ce qui me permet notamment d'aider les étudiants.

Jonathan Bergmann et Aaron Sams

Le terme de « classe inversée» vient des enseignants en chimie Jonathan Bergmann et Aaron Sams, qui sont des collègues à la Woodland Park High School dans le Colorado aux États-Unis. Au printemps 2007, ils ont commencé à filmer des leçons directement dans la salle de classe et à les publier ensuite en ligne pour les étudiants. L’idée était que les étudiants qui, pour différentes raisons, ne pouvaient pas assister au cours, puissent tout de même suivre en regardant les vidéos à la maison. Les vidéos permettaient aux étudiants de revoir les leçons plusieurs fois, d’appuyer sur pause, retour ou avance rapide. Les étudiants se sont montrés très enthousiastes, que ce soit ceux qui avaient été absents pendant certaines périodes, ou ceux qui avaient présent. Les vidéos devenaient d'excellentes ressources pédagogiques lorsqu’ils devaient réviser pour des tests ou des examens.

Pendant l’année scolaire 2007/2008, Jonathan et Aaron ont lancé un modèle d’enseignement dans lequel les élèves avaient plus de temps libre en classe pour une plus grande interaction entre les élèves et l’enseignant.

Au cours de l’année 2010, la « classe inversée » est devenue un nouveau terme à la mode dans les tendances de la technologie de l’éducation. En mars 2011, je me suis lancée dans un projet en vue de tester la classe inversée en « mathématiques R1 ». Les étudiants s’en sont montrés ravis.

L’éducation adaptée

Dans la salle de classe traditionnelle, près de 50 % du temps d'enseignement est utilisé pour la partie gérée par les enseignants ou pour le cours magistral au tableau. Tous ceux qui ont enseigné ou donné des cours magistraux savent qu’il est difficile d’atteindre chaque étudiant à son niveau en classe plénière. En effet, il reste seulement la moitié du temps pour donner des conseils individuels ou de groupes. En sortant ce type d'enseignement de la salle de classe, on gagne plus de temps pour encadrer tous les élèves – individuellement ou en petits groupes – et il devient alors possible de d'adapter sa pédagogie dans une plus large mesure.

Le rôle de l’enseignant et la classe inversée

Bon nombre d’enseignants se sont adressés à moi en me disant qu’ils craignent que la classe inversée entraine, à long terme, un besoin moins important en enseignants dans les écoles puisque les cours sont déjà en ligne sous forme de vidéos. Ils craignent que le rôle des enseignants ne disparaisse. En réalité, c’est le contraire qui se produit. Dans la classe inversée beaucoup de temps est gagné, permettant à l’enseignant de se déplacer dans la classe et d’aider les étudiants au moment où ils se trouvent dans le processus d’apprentissage. À bien des égards, la classe inversée peut modifier le paradigme de l’enseignement.

Dans la salle de classe traditionnelle, l’enseignant utilise souvent du temps pour aborder des connaissances de base en la matière. Les devoirs plus importants, où les étudiants doivent utiliser plusieurs aspects de la compétence, sont souvent donnés comme devoir à la maison.

Stratégies d’apprentissage

La classe inversée laisse aux étudiants davantage de liberté pour développer divers types de stratégies d’apprentissage dans une seule et même salle de classe. Les étudiants qui préfèrent travailler tout seuls peuvent le faire et ceux qui apprennent le mieux par le biais de la collaboration peuvent le faire également. Parfois, la forme de travail est l’objectif pédagogique en soi et, dans ce cas, cela peut malgré tout être géré par l’enseignant.

Les vidéos pédagogiques – la Panacée ?

Aujourd’hui, les cours en vidéo ne sont pas la solution à tous les défis pédagogiques. Un enseignement médiocre ne s’améliore pas par l’enregistrement vidéo. D’un autre côté, toutes les parties de la leçon qui se caractérisent par un enseignement transmissif peuvent aussi bien fonctionner en vidéo qu'en présentiel. Dans les matières scientifiques, il est souvent plus facile de trouver de bons exemples d’enseignement transmissif, mais on en trouve également dans d’autres disciplines : la grammaire, l’introduction aux modèles de sciences sociales, les époques ou idéologies, l’apprentissage terminologique, la formation à l’utilisation des sources, la formation technique dans des matières pratiques, etc. Les vidéos d’enseignement sont, dans la plupart des cas, des exemples d’enseignement direct. On peut donc dire qu’il s’agit presque d’une approche pédagogique comportementale.

Devoirs

Les devoirs sont un sujet controversé dans les écoles. Différentes études démontrent qu’ils peuvent mettre en évidence les différences entre les étudiants. La classe à l’envers exige que les étudiants regardent les cours vidéo à la maison avant de suivre le cours à l’école. Y a-t-il plus d’étudiants qui regardent des leçons vidéo que ceux qui travaillent les « leçons ordinaires » ? Je dirais que ce sont à peu près les mêmes étudiants qui font leurs devoirs dans ma classe que ceux qui les font dans une classe traditionnelle. Les étudiants qui se présentent en classe sans avoir regardé les vidéos à la maison, doivent alors commencer par cela dans la salle de classe alors que les enseignants s’occupent des étudiants qui ont déjà fait leurs devoirs, vu les vidéos et remplis des formulaires d’auto-évaluation pour dire dans quel domaine ils ont besoin d’aide. Cela signifie qu’un certain nombre d’étudiants utilisent le temps en classe pour regarder les vidéos, et, par conséquent, ont moins de temps pour recevoir des conseils que ceux qui ont fait leurs devoirs ; mais le temps passé en classe reste malgré tout plus efficace.

Structure

La structure est très importante lorsque les étudiants doivent trouver les vidéos qu’ils regardent à la maison, et elle peut être trouvée sur la plate-forme d’apprentissage. C’est grâce à cette dernière que les élèves trouvent les différentes vidéos associées aux différents sujets. C’est également là qu’ils trouvent le plan des prochains sujets et les formulaires d’auto-évaluation, ainsi que toutes les ressources d’apprentissage que nous possédons en plus du manuel.

En tant que professeur, je poste des vidéos sur YouTube et je crée des formulaires d’auto-évaluation à l’aide des formulaires Google. Toutes les notes que prends lorsque je crée des vidéos ou que nous révisons quelque chose en classe, sont enregistrées sur un bloc-notes numérique MS OneNote, mais tout est intégré et partagé avec les étudiants via la plate-forme d’apprentissage itslearning, afin que les étudiants n’aient à utiliser qu’elle.

Résultats

Pour l’année scolaire en cours, j’ai inversé la classe de mathématiques 1T, une matière que j’enseigne pour la première fois. Par conséquent, je n’ai pas encore eu d’autres étudiants dans cette matière permettant une comparaison. Je ne suis donc pas en mesure de dire si les résultats obtenus avec ce type d’enseignement sont meilleurs qu’avec l’ancienne méthode. J’ai cependant reçu des retours qualitatifs de la part des élèves qui affirment qu’il y a une amélioration :

« Lorsque j’étais en premier cycle de l’enseignement secondaire, je n’étais pas très bon en maths. J’étais incapable de suivre lorsque l’enseignant révisait des choses au tableau, et puis j’ai décroché. Maintenant, je peux travailler tranquillement par moi-même et regarder les vidéos si je suis bloqué. Cette année, j’ai de bien meilleurs résultats que jamais auparavant en mathématiques. »

« Au début, je pensais qu’il était inutile de remplir des formulaires d’auto-évaluation, alors je répondais « rien » dans la case où nous devions dire dans quel domaine nous avions besoin de plus d’aide. Puis, une fois, je me suis dit que j’allais tester la méthode, et j’ai noté ce que je ne comprenais pas. Dans la période qui a suivi, l’enseignant s’est approché de moi, m’a tapé sur l’épaule et m’a demandé « Voulez-vous que nous examinions ce sujet ensemble ? ». Et c’était super, car tout le monde n’a pas envie de lever sa main et montrer aux camarades de classe qu’il n’a pas compris quelque chose. Dans ce cas, c’est beaucoup mieux que l’enseignant vous connaisse à l’avance et puisse vous approcher en toute simplicité. »

Le principal argument en faveur de la classe à l’envers est que ce fonctionnement augmente le temps d’interaction entre les enseignants et les étudiants, et l’enseignant est extrêmement important pour l’apprentissage des étudiants. La classe à l’envers offre à l’enseignant le temps et l’espace nécessaire pour assurer au mieux ce rôle.

Ceci est un article abrégé, publié initialement dans le magazine norvégien Bedre skole.

Ressources Vidéo Contactez-nous